Ce blog est destiné aux associations (et entreprises) françaises et de culture moyen-orientales, aux artistes souhaitant recevoir des conseils en matière de gestion, d'organisation, de demandes de subventions, etc... hors activités politiques et cultuelles, et souhaitant faire connaître leurs activités en France, en Turquie et dans les pays du moyen-orient.
Certains sujets semblent parler spécifiquement du monde contemporain. Font- ils pour autant de grands romans ? Le sujet a-t-il d'ailleurs tant d'importance ? Il semble en tout cas offrir à une nouvelle génération d'écrivains (Alexis Jennis l'an dernier par exemple) une alternative à un supposé nombrilisme souvent dénoncé. Le thème choisi par Aurélien Bellanger, 32 ans, est à la fois étonnant et terriblement dans le vent. Il raconte en effet, de façon précise et terriblement documentée, quarante ans d'histoire économique française liée aux nouvelles technologies de la communication. Il suit pour cela l'évolution de Pascal Ertanger, un jeune homme se découvrant un don pour la programmation à l'époque où arrivent en France les premiers ordinateurs accessibles. Velizy où il vit est alors un site de pointe en matière de télématique. Le minitel a vu le jour et va bientôt permettre au héros d'Aurélien Bellanger de bâtir une fortune précoce et considérable via les services de messageries roses.
A 20 ans, Pascal Ertanger est un chef d'entreprise florissant. Sans cesse à la recherche de nouveaux développements, il pirate très habilement la base de données de France Telecom et propose le premier annuaire inversé. Mais la révolution internet va implacablement supplanter l'expérience minitel. Contrairement à beaucoup, Ertanger ne rate pas le coche et crée dans les années 90, Démon, le premier fournisseur d'accès hexagonal. Il est devenu l'un des hommes les plus riches du monde.
Vers l'homme 2.0
Derrière le personnage de Pascal Ertanger, il est tentant de reconnaître Xavier Niel, le fondateur de Free. S'il s'en inspire sans aucun doute, Aurélien Bellanger ne construit pourtant pas un roman à clé mais joue avec les frontières du romanesque en mélangeant de façon indistincte fiction et personnages existants (Thierry Breton, Jean-Marie Messier ...).
Présent sur 486 pages, Ertanger apparaît d'ailleurs assez insaisissable, lointain. Son humanité est comme submergée par l'extraordinaire masse d'informations techniques, scientifiques, économiques qui font la matière même du roman. Beaucoup trop copieuse, fastidieuse, délivrée dans un style volontairement retenu et allant, pour ce qui est des pages d'inter-chapitres jusqu'à la plus totale opacité, elle se révèle pourtant au bout du compte, hypnotique et fascinante.
Le roman, organisé en trois temps, "minitel", "internet","2.0", se tourne, dans son troisième tiers, vers la science-fiction et tente d'embrasser la destinée de l'humanité tout entière. On ne peut alors que penser à Michel Houllebecq et se souvenir qu'Aurélien Bellanger est l'auteur d'un essai consacré à son aîné. La filiation est éclairante et absolument assumée.
Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) lundi 12 novembre 2012
Aurélien Bellanger, La théorie de l'information (Gallimard) 490 pages, 22,50 euros.