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Ce blog est destiné aux associations (et entreprises) françaises et de culture moyen-orientales, aux artistes souhaitant recevoir des conseils en matière de gestion, d'organisation, de demandes de subventions, etc... hors activités politiques et cultuelles, et souhaitant faire connaître leurs activités en France, en Turquie et dans les pays du moyen-orient.

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Etem Postacıoğlu: Portrait d’un avocat passionné


Etem Postacıoğlu est à la tête d’un prestigieux cabinet d’avocat qui figure parmi les meilleurs cabinets d’avocats d’affaire français. Pour Aujourd’hui la Turquie, l’illustre homme de droit revient sur son parcours et sur sa vision des relations franco-turques dans le monde des affaires. 


Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? 
J’ai fait mes études au Lycée français de Galatasaray, puis je suis parti en France pour étudier à la Faculté de droit de Poitiers, une des plus réputées en Droit. J’y ai fait ma Licence et ma Maitrise. Le Doyen honoraire de cette Faculté, M. René Sabatier, était un grand ami de mon oncle, Ilhan Postacıoğlu. Il m’a très bien accueilli et mon éducation juridique a donc commencé entre de très bonnes mains. Si bien que lorsque j’ai terminé ma Maitrise, j’étais un vrai juriste. Quand je suis rentré à Istanbul, j’ai commencé par enseigner à la Faculté de droit d’Istanbul, puis je suis devenu le conseiller juridique du Directeur général de la banque commerciale Türk Ticaret Bankası, qui était à l’époque la troisième banque de Turquie. Après mon service militaire, je me suis installé à Izmir et j’ai repris le cabinet familial, fondé par mon grand-père. Dans les années 1982-1983, la « période Özal » a commencé. M. Özal a aboli la loi sur la protection de la monnaie turque et a mis la Turquie sur les voies internationales de la globalisation. Il y eu une véritable explosion des exportations, mais malheureusement, à l’époque, on ne connaissait pas très bien les règles les encadrant. C’est ainsi que pratiquement deux tiers des exportations sont revenues en conflits juridiques. Il n’y avait pas beaucoup d’avocats qui connaissaient les procédures de commerce international, nous avons donc été très sollicités. Comme beaucoup de mes affaires se trouvaient à Istanbul, j’ai trouvé nécessaire, dans les années 1990, d’y ouvrir un cabinet secondaire, qui est aujourd’hui devenu le siège. Je suivais également ces dossiers avec des cabinets correspondants en France dont je n’étais pas très content, ce qui m’a amené à créer mon propre cabinet à Paris, place de la Concorde, en 1995, en m’associant à deux Français, une avocate et un professeur à la Sorbonne. Dans les années 2000, j’ai transféré mon cabinet à Avenue Foch, à l’invitation d’un avocat très renommé du Barreau de Paris et un grand ami, Maître Antoine Tchekhoff. Le cabinet d’Antoine correspondait davantage au nôtre, dans le sens où, comme lui, nous faisions aussi, en dehors des contentieux, beaucoup de conseil. Nous avons donc commencé à travailler ensemble. 

Vous venez d’une famille d’avocats. Avez-vous fait du droit parce que c’était « de famille » ou bien est-ce une passion ? 
Quand j’étais enfant, dans les grands repas de famille, j’entendais mes deux oncles discuter avec mon grand-père, qui pour moi était un dieu. Il était l’avocat du Ministère des finances de l’Empire Ottoman à Izmir et avait fondé le cabinet familial en 1907. Mes oncles lui racontaient leurs performances devant la Cour et mon grand-père les applaudissait ou parfois les critiquait... Et moi, avec mes yeux d’enfant, j’entendais tout, j’enregistrais… J’étais dans un bain extraordinairement positif, ça m’a passionné. 
Quand je suis devenu avocat, j’ai vu à quel point mes oncles étaient respectés. Mon grand-père a eu trois fils, mes deux oncles et mon père. En 1923, à la fondation de la République, Atatürk a aboli toutes les lois de l’Empire pour créer un système juridique républicain et moderne. Il a créé le Code civil turc et le Code des Obligations turc, qui ont été la traduction complète des deux codes suisses, ces derniers étant les plus récents en Europe. Les gens étaient un peu perdus car il y avait aucune jurisprudence. On ne savait pas comment appliquer ces articles. Mon grand-père a remarqué quant à lui qu’il y avait bien des précédents, puisqu’il s’agissait des arrêts des tribunaux fédéraux suisses. C’est à ce moment là qu’il a compris que pour être un bon avocat à l’époque, il fallait parler français, parce que la langue dominante en Suisse à ce moment là était le français. Il a donc envoyé deux de ses fils, mes deux oncles, à Galatasaray puis à la Sorbonne. Ils sont tous deux devenus des professeurs éminents et des maîtres de doctrine. C’est l’aîné qui a continué de travailler avec son père, et moi j’ai donc travaillé avec mon oncle et ai pris en charge le développement du cabinet. 

Y a-t-il des différences entre les dossiers que vous traitez en France et ceux que vous traitez en Turquie ? 
En Turquie nous avons des dossiers beaucoup plus internationaux qu’en France. Ici nous travaillons avec des Anglais, des Américains, des pays d’Afrique, d’Asie… Parce que nos clients travaillent avec ces pays-là. En France, nous travaillons essentiellement sur les relations franco-turques ou franco-françaises. 

Parlons un peu des relations franco-turques… Vous travaillez entre ces deux pays, et les relations franco-turques étant passionnelles, il y a des hauts et des bas. Est-ce embêtant pour les affaires ? 
Jusqu’aux années 2000, ces hauts et ces bas dans les relations franco-turques officielles influençaient les gens. Mais depuis les années 2000, ils n’ont absolument aucune influence dans les relations d’affaires, même dans des crises telles que celle provoquée par la loi sur le génocide arménien. Si nous comparons aux années 1990, les hommes d’affaires turcs ont beaucoup changés, ils sont devenus très professionnels. Aujourd’hui ils sont responsables, ils sont au courant du marché, des techniques, ils ne se passionnent pas pour les affaires d’État. Les Français n’ont jamais été bien passionnels par rapport à la politique de la France vis-à-vis de la Turquie, mais je trouve désormais que les deux pays se comprennent très bien, les relations deviennent de plus en plus importantes. Je suis très content, parce que personnellement, j’ai beaucoup travaillé pour ces relations d’affaires entre les deux pays. Et je trouve que c’est en très bonne voie. 

Vous venez de dire que la Turquie dispose désormais d’hommes d’affaires professionnels. Beaucoup de choses sont dites sur la Turquie, positives, négatives… Est-ce que la Turquie a les moyens d’être un leader dans la région ? 
La Turquie a eu beaucoup de chance. Sa position actuelle est due à sa stabilité mais aussi à différentes situations qui sont apparues dans le monde, pour laquelle la Turquie n’y est pour rien. Par exemple, l’embargo contre l’Iran a beaucoup profité à la Turquie. De même pour la crise en Europe, qui a attiré des investisseurs européens en Turquie. Tout ça a énormément apporté aux hommes d’affaires turcs, beaucoup d’opportunités se sont présentées et leur ont donné un esprit créateur, un esprit global… Cela forme un dynamisme national extraordinaire. Je vois très bien cela, puisque j’ai ma fenêtre à Paris, en Turquie en province à Izmir et à Istanbul. Et je vois bien que la Turquie va à mille kilomètres à l’heure, alors que la France, dans sa crise, est méfiante et ne se développe pas. 

Pour finir, quelles sont vos qualités personnelles ? 
C’est très difficile de parler de ses qualités… Mais si je peux appeler cela une qualité, je dirais que j’ai beaucoup de centres d’intérêts. En dehors du droit, je m’intéresse énormément à la musique, à la littérature, à la photographie, au cinéma… Quand j’ai commencé à faire du droit à Poitiers, j’ai étudié en même temps le cinéma, pendant deux ans. J’ai gardé cette passion. Je ne suis pas enfermé dans une discipline. 
Et puis je n’aime pas dormir, pour moi c’est une perte de temps. Le travail m’occupe évidemment beaucoup, mais je veux donner aussi du temps à mes autres passions, je prends donc sur la nuit, sur le matin… J’ai une vie très remplie et je m’alimente beaucoup de culture. 

Propos recueillis par Mireille Sadège et Amandine Canistro AUJOURD'HUI LA TURQUIE

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