Ce blog est destiné aux associations (et entreprises) françaises et de culture moyen-orientales, aux artistes souhaitant recevoir des conseils en matière de gestion, d'organisation, de demandes de subventions, etc... hors activités politiques et cultuelles, et souhaitant faire connaître leurs activités en France, en Turquie et dans les pays du moyen-orient.
Face au succès de notre chronique musique mensuelle, nous vous proposerons désormais une chronique “cinéma+littérature”. Le principe ? Un film et un livre choisis et commentés par l’auteur et réalisateur Kenan Görgün .
FILM : A perdre la raison de Joachim Lafosse (Cocuklarım)
Le 32ème Festival du Film d’Istanbul offre cette année encore un programme d’une richesse et d’une variété incomparables. Parmi toutes les pépites qu’il nous est donné de découvrir, je voudrais, pour cette première chronique cinéma des “Images et des mots”, vous recommander une œuvre que nous ne reverrons peut-être plus sous nos latitudes : “A perdre la raison” du cinéaste belge Joachim Lafosse, un des réalisateurs de langue française les plus importants des dix dernières années. Aimer à la folie. Aimer à en perdre la tête et commettre l’irréparable. Pour son cinquième long-métrage, Lafosse explore l’amour le plus sacré de tous : celui d’une mère pour ses enfants. Inspiré de la tragédie Lhermitte, de cette mère de famille ayant assassiné ses cinq enfants en 2007, le projet a provoqué partout des levées de boucliers, bouleversé la Croisette à Cannes et raflé quatre récompenses à la dernière cérémonie des Magritte. Dans un style d’une sobriété tétanisante, “A perdre la raison” représente une expérience émotionnelle de première intensité. Dans le rôle de la mère, Emilie Dequenne gagne définitivement ses galons de grande comédienne. Tahar Rahim, la révélation fracassante du “Prophète” de Jacques Audiard, prouve s’il en est besoin qu’il est bel et bien l’un des acteurs les plus talentueux de sa génération. Disséqué au plus près de ses tourments et de ses émotions, leur couple à l’écran est inoubliable. Inoubliable, aussi, cette chronologie d’évènements anodins qui mèneront au drame. De l’amour à la folie, il n’y a parfois que quelques pas. Et nous les franchissons sans même en être conscients.
A perdre la raison / Cocuklarım
IKSV FILM – 7 & 8 avril 2013 – City’s / 11 avril 2013 – Rexx
http://film.iksv.org/tr
LIVRE : “Passion arabe, journal 2011-2013” de Gilles Kepel
S’il est une plume française qui nous aura permis de déchirer le rideau (bien souvent, rideau de fumée) du Moyen-Orient pour pénétrer dans ses réalités aussi diverses qu’inattendues et déstabilisantes, c’est bien Gilles Kepel. L’auteur de “Jihad”, “Fitna”, du saisissant “Terreur & Martyre”, a été pendant de longues années professeur d’études arabes à Sciences Po…jusqu’à l’arrêt brutal du département en 2010. Décision d’une intelligence lumineuse, on en conviendra, dans un monde qui a plus que jamais besoin que des esprits brillants et dévoués nous aident à forger des clés d’interprétation. Qu’à cela ne tienne, Gilles Kepel délaisse la chaire, attrape son bardaf, devient baroudeur, devient voyageur et bédouin des temps modernes. Entre Kessel et Tintin, il se perd volontairement partout où bat le cœur de ce Moyen-Orient. Des territoires en pleine mutation, qui dans la douleur et les larmes tentent d’accoucher d’une nouvelle version d’eux-mêmes. Au fil de ses pérénigrations, qui le mènent du Bahrein au Yémen, du Liban à la Lybie, Gilles Kepel pose également sa besace et son regard acéré sur Istanbul, cette métropole de plus en plus cosmopolite, au cœur d’un pays de plus en plus engagé sur la balance géopolitique de la région. Il y discerne , comme ailleurs, un fascinant laboratoire où se cherche et se reconstruit cet art indispensable de l’être ensemble et non plus les uns contre les autres. Une lecture éclairante, mais aussi passionnante comme un roman d’aventures !
“Passion arabe, journal 2011-2013” ; Editions Gallimard ; collection Témoins ; 475 pages.
Kenan Görgün (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 4 avril 2013