Ce blog est destiné aux associations (et entreprises) françaises et de culture moyen-orientales, aux artistes souhaitant recevoir des conseils en matière de gestion, d'organisation, de demandes de subventions, etc... hors activités politiques et cultuelles, et souhaitant faire connaître leurs activités en France, en Turquie et dans les pays du moyen-orient.
Connaissez-vous la ville de Mardin, située dans le sud-est de la Turquie, en plein cœur de l’ancestrale et légendaire Mésopotamie ? Myrtille Jacquet Duyan, elle, la connaît bien. Cette Française y vit avec sa famille et vous propose aujourd’hui quelques adresses dans sa ville d’adoption…
Je vais suivre la logique incombant à la vieille ville, d’ouest en est, calquant le tracé de la rue principale. Et plutôt que de vous donner des adresses qui ne sont parfois pas d’une grande aide, je vous donnerai des lieux clés et des noms qui vous seront largement suffisants pour vous repérer.
Les beaux draps de Nasera Simmeshindi
A coté de la pharmacie située porte de Diyarbakır se trouve la maison de Nasera Simmeshindi (photo MJD). Nasera est une vieille et belle dame aux cheveux blancs, artiste chrétienne dans cet orient de fusions, dont le chignon à l’ancienne mode laisse s’échapper quelques mèches couleur neige effleurant ce visage qui a tant vécu.
Nasera Teyze (tante), comme on la surnomme ici, est la dernière représentante d’un art qu’elle craint de voir disparaitre avec elle. Pressant ses tampons de bois sur de grands draps blancs, laissant glisser ses pinceaux sur le voile, elle continue, malgré ses 80 ans, de peindre d’un trait naïf empli de foi. De la Vierge Marie à la dernière Cène, elle retrace les épisodes de la Bible, formant ainsi de grandes tentures colorées qui viendront orner les murs des églises locales et environnantes.
L’orfèvre Suphi Hindiyerli
Après dix minutes de marche environ, vous arrivez place de la République. Montez les quelques marches et, derrière la statue géante d’Atatürk qui semble veiller sur la ville, vous trouvez un petit atelier situé à coté de l’ancien théâtre et cinéma de la ville. Il n’a rien de brillant et pourtant, il est le refuge de l’artisan orfèvre Suphi Hindiyerli.
Suphi Usta, véritable artiste dans l’art du filigrane, est l’un des derniers. Il résiste à la hausse du prix de la matière brute, l’argent, et pour l’authenticité d’un savoir-faire manuel et minutieux demandant temps et patience. Faire fondre l’argent, le mouler, le transformer ensuite en petits filaments d’argent, qui seront enroulés et soudés pour former le bijou. Artisan à la personnalité unique, il s’est longtemps battu pour faire perdurer ce savoir-faire, mais il constate aujourd’hui avec nostalgie que dans ce monde où le temps est de l’argent, cette bataille est rude. Dans son atelier, vous trouvez ses bijoux et ses histoires de voyages qu’il aime à raconter autour d’un verre de thé. Ne vous y trompez pas, si vous venez à Mardin, de nombreuses boutiques proposent des bijoux mais très peu respectent les processus de fabrication originaux et locaux, préférant suivre la logique du bénéfice à tout prix.
(photo MJD)
La coopérative pour femmes “İpek yolu”
Marchez encore 15 minutes et vous trouvez, quelques pas après le hammam situé le long de la grand rue, le bâtiment où se loge la coopérative pour femmes “İpek yolu”. Créée en 2005 avec le soutien d’une fondation turque destinée à développer l’emploi des femmes, elle a su avec le temps s’installer dans le paysage de la ville et prendre une part active à un véritable changement social. Aujourd’hui, cette coopérative emploie dix femmes à temps plein dans ses ateliers de fabrication de savons, et l’utilisation de produits naturels est à signaler dans l’élaboration de ces derniers vendus dans leur boutique, qui a pignon sur rue. La coopérative propose aussi des formations pour l’emploi, des cours de lecture.
Elle a créé il y a trois ans un jardin d’enfants permettant aux femmes à faibles revenus de travailler. Dernièrement, avec la rénovation de son bâtiment, elle propose une maison d’hôte, où il fait bon de passer une nuit ou plus, entre les pierres ocres et la vue sur la plaine qui s’étend à l’infini. Se faire plaisir utile, un bon compromis, non ?
Le restaurant Kamer
Dernière adresse pour ce voyage responsable et durable : longeant la grand rue de la vieille ville, situé après l’ancien bâtiment des postes, “PTT Binası”, vous trouverez le restaurant Kamer, branche d’une fondation féministe vouée à la protection et à l’éducation des femmes subissant des violences. Voilà un lieu où vous pourrez manger ou faire une pause autour de spécialités locales concoctées par des mains expertes. Vous y serez accueillis tout sourire dans un cadre authentique, et ne regretterez pas cet arrêt aux couleurs locales.
Myrtille Jacquet Duyan (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 12 avril 2013