Ce blog est destiné aux associations (et entreprises) françaises et de culture moyen-orientales, aux artistes souhaitant recevoir des conseils en matière de gestion, d'organisation, de demandes de subventions, etc... hors activités politiques et cultuelles, et souhaitant faire connaître leurs activités en France, en Turquie et dans les pays du moyen-orient.
Une brise, puis un souffle, les drapeaux dans la mature commencent à claquer. Un grondement, les haubans sifflent déjà, la chaîne du mouillage se tend à craquer, par le hublot avant nous percevons un souffle chaud et puissant, il s'introduit dans notre cabine, il caresse nos peaux en nage, la nuit passe…Étouffante !
Il est à la mer Egée ce que le Mistral est à la Provence, ce que la Bora est à l'Adriatique et le Noroît à la manche. Il est comme un troupeau de bêtes indomptables et déchaînées, ivres d'espaces.
Vent du Nord, puissant, mythique et respecté. Il est craint et adoré par tous les marins de Grèce et de Turquie. Après la courte accalmie de la nuit, le voici de retour, l'étésien comme l'appelaient les anciens, le Meltem, seigneur de l'été Égéen.
Nous avions fait sa connaissance dans les Sporades du Nord, timide mais précoce, en cette fin de printemps il avait pris de l'assurance à mesure que les semaines défilaient.
Lors de notre remontée sur Istanbul, un peu tardive, début juillet, nous l'avions provoqué en l'affrontant face à face. Ce fut un calvaire, une plaie, il était tellement puissant et constant que la moindre de ses manifestations suffisait à lever une mer courte hachée, infranchissable.
Nous dûmes louvoyer au près sans fin, tirer bord sur bord pendant des heures sans jamais progresser.
Devant le seigneur de l'Égée, une seule échappatoire : abattre, s'incliner, faire de long milles supplémentaires et courber l'échine devant le maître redoutable, invisible.
Mais d'où vient-t-il, ce Meltem ? Si l'on observe le baromètre, on ne distingue rien, pas l'once d'un frémissement, pas de variation significative qui pourrait nous indiquer l'arrivée d'une dépression.
Ce phénomène est d'une plus grande ampleur que le creusement d'une dépression locale. Avec ce schéma, peut-être comprendrez-vous :
Pour faire simple, à une échelle macro planétaire, ce serait les moussons qui donneraient naissance à ce vent. En cette saison, les pressions sont basses sur le continent asiatique, la surface dépressionnaire s'étend du Pakistan à l'inde et sur une partie de l'Asie occidentale, là-bas, c'est le déluge. Chez nous au contraire, sur toute l'Europe, l'anticyclone des Açores s'étire, se prélasse et grâce à ses hautes pressions, il nous offre un bel été sans nuage. Entre les plaines d'Anatolie et l'Europe, c'est la mer Égée. La nature n'aimant pas les vides, les hautes pressions se déversent vers les basses pressions et ainsi d'énormes masses d'air chaud circulent depuis l'anticyclone des Açores vers la dépression Asiatique. Elles passent par le canal le plus évident: la mer Égée.
Les vents sont les plus violents au centre, dans les Cyclades mais ils s'étirent jusqu'au sud, faiblissant progressivement.
Que ce soit sur la côte découpée de Turquie ou sur les îles calcaires de Grèce on trouve toujours un abri correct pour passer la nuit à l'abri du vent du nord.
Depuis Istanbul, il est devenu notre allié, il nous pousse toujours plus loin vers le Sud, au portant. Même la plus mauvaise des mers devient douce et le vent aussi fort soit-il nous récompense de nos efforts passés, nous volons sur les vagues, toujours plus vite !
Grisés par la vitesse, nous envoyons de la toile et nous donnons des ailes à notre compagnon d'acier.
Landéan surfe et glisse, s'appuie sur le dos d'une vague en douceur, la suivante le prend par la poupe, il se cabre, puis se met à dévaler la pente comme un cheval fou. Le mors aux dents, il accélère et atteint des vitesses que nous pensions impossibles. Voiles réglées au millimètre, le bateau est en équilibre, nous ne naviguons plus, nous sommes en suspension sur l'onde, le vent, la mer, un voilier, l'équation est parfaite, l'harmonie : totale. Vive le Meltem!
Marion, Brice et Landéan (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 23 novembre 2012
A noter: Retrouvez ici notre interview des auteurs du projet Capoupakap et de cette chronique. Visitez aussi leur site, http://capoupakap.blogspot.com